Vendredi 1er mars 2013

            Marrant, je voudrais absolument placer la phrase « Mais elle avait compris, et c’est passé ». Je voulais l’employer au débotté, comme si elle coulait de source, avec l’espoir insolvable qu’elle corresponde à la connivence ou à la complicité qu’elle pourrait désigner. Il est déjà 15h, j’aperçois au loin le voisin passer sur son tracteur, et je songe à tous les échafaudages, toutes les vis sévèrement enfoncées, et quelques étais, qui seraient nécessaires pour lui donner l’éclat qui m’intéresse. Je réfléchis, je réfléchis, je repense à ces phrases conclusives, d’autant plus éclatantes qu’elle sont ramassées/sèches – où Balzac et Flaubert sont des grands, j’en imagine quelques extraits qui rôdent. Et puis je note qu’en ce moment précis, en chemin, j’en suis là – et pas beaucoup plus loin.    

            Mais il est 19h, et je pars à l’entraînement de foot.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1038, §255

Samedi 2 mars 2013

            Journée passée entre une rapide correction de copies(ah la massification de l’université, on n’a pas fini d’en parler…), une balade du côté du vieil étang(à nouveau cet étrange besoin de sentir mes pas dans la neige et d’entendre ce léger frizzeli dans les feuilles, les chiens et la basse-cours d’une ferme au loin, le ronronnement encore plus lointain de la nationale) et, en écoutant un morceau de musique, l’ouverture du courrier vieux de 6 mois. J’y trouve une carte envoyée de Chine par N. N. et la lettre annuelle du théâtre du soleil – avec ce ton qui me déplaît en faisant comme si le lecteur était d'emblée acquis à sa cause, mais avec une belle feuille d’adieux à la photographe de la troupe.

            En début de soirée j’irai chercher G.G. à la gare qui me rejoint dans cette retraite.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1039, §256

Dimanche 3 mars 2013

            J’ai couru après un bon moment mais j’ai fini par mettre la main dessus : ni Frédérique Matonti, ni Stéphane Beaud, ni Alain Dewerpe n’avaient de nouvelles du mémoire qu’ils avaient dirigé sur le mouvement social de décembre 1995, et de son auteur, Paul Barets. J’ai essayé via les archives de sa formation, via un de ses camarades de promotion, et le secrétariat d’Actes de la Recherche en Sciences Sociales où il avait publié un article (« Journal de grève », 1996) mais à chaque fois j’avais fait choux blanc. C’est finalement les pages blanches qui se sont avérées les plus utiles.

Je l’ai rencontré, nous avons un peu discuté – il est passé à autre chose depuis – et surtout il m’a passé ce fameux mémoire que je viens à l’instant de terminer et qui offre quantité d’informations de première main sur ce mouvement de grève - qui n’en finit pas de m’interpeller. Son travail aborde habilement les traditionnelles questions sur la mise en place et le maintien d’un mouvement collectif, tout en laissant une place aux spécificités propres à la SNCF de l’époque – privatisation, optimisation, et rationnement des recrutements en conséquence.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1040, §257

Lundi 4 mars 2013

            Aujourd’hui c’est lundi et on rattaque, ce qui se traduit par un lever matinal, un retour fissa-fissa à la ville, un tas de menues choses à faire, et un recentrage face à la bouffante aspiration du monde.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1041, §258

Mardi 5 mars 2013

            Aujourd’hui j’ai collé dans mon cahier tout un tas de petits papiers, je les ai collés idiotement, avec un futur hypothétique et presque sans passé, comme on collerait les vignettes d’une vie qui face à tant de variété s’ébat pour garder du sens, une cohérence – vers quoi ? Vers la mort ? Vers une ligne peut-être sinueuse, mais orientée ?

 

Dans ces papiers, j’ai trouvé :

-une carte de 50 photocopies

-un ticket d’entrée au Grand Palais pour voir « Kapoor » - ce n’est pas l’expo que j’ai vue, c’est la belle M. W. se mouvoir dans un grand espace

-un petit carré à carreaux avec une ligne de codage informatique Z32-22-44B

-une vieille carte d’ « auditeur extérieur » à l’ENSAE avec une photo où j’ai les cheveux trop courts

-une contremarque du festival de Lussas, 24 août soir, n°19, salle 5 (la « meilleure salle du festival », paraît-il)

-un plan de Ficio Nékos

-une carte de lecteur de la bibliothèque de la Sorbonne, 2011-2012

-une poussière d’or que je n’ai pas cherchée

-un ticket de théâtre pour « La vie est un rêve » (Calderon) au nom de D. P., tarif <30 ans

-un feuillet d’hôtel luxembourgeois rempli de notes difficilement lisibles, mais avec deux colonnes bien lisibles, « + » et « - »

-une enveloppe aéropostale, dans laquelle j’ai glissé

-une note de frais écrite en grec au nom de Bonaventure (n°6268, entreprise Zipati)

-un souvenir amer

-la copie d’un billet de Thalys – hors de prix, comme d’habitude

-le numéro de téléphone de M. W.

-une note de retrait bancaire également écrite en grec, tant qu’il était encore temps – 120 euros

-un étrange ticket de métrO, argenté

-un deuxième du même type

-la carte de visite de M. P. K.

-un ticket d’entrée au Parthénon, <25 ans

-un « i love u », griffonné et sans signature

-une fine pochette à DVD

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1042, §259

Mercredi 6 mars 2013

            Ah ces amis qui ont la patience de parfois me suivre dans quelques pérégrinations… oui, certains s'étonnent que je publie des fragments rétrodatés, qui datent du mardi mais surviennent le dimanche. Ca porte malheur (sic). Mais ça me plaît bien, ces jeux du temps, où l’on peut écrire en avance, en retard, réécrire, rajouter, rectifier, amender, et ces notes sur lesquelles le papier n’est pas encore venu poser toute sa pesanteur figée – marche à tâtons.

            C’est presque devenu une habitude : avant de m’endormir, j’ai cette image d’un robinnet qui s’ouvre et innonde tout mon champ de vision, comme si je coupais les amarres et restais à jamais collé au fond de l’eau, et comme dans ces jeux vidéo où une coulée de sang remplit l’écran en signe de game-over.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1043, §260 

Jeudi 7 mars 2013

            Aujourd’hui pas de grande inspiration, l’impression qu’on me fait prendre des réussites pour des échecs et des plantages pour des succès, d’y aller avec la barre à mine là où il faudrait des pinces de chirurgien, et d’avoir parfois du mal à briser l’incommuniquabilité qui me sépare de personnes à qui j’aurais beaucoup à dire - je ne suis pas d-u-p-e

            J’ai presque fini la synthèse par Razmig Keucheyan des nouveaux mouvements de pensées critiques, Hémisphère gauche (La découverte, 2010), mais encore du mal à savoir quoi en penser.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1044, §261

Vendredi 8 mars 2013

            Mardi a eu lieu une nouvelle séance de notre séminaire, où il était question de « la montée en puissance de l’économie néoclassique depuis les années 1970 ».

Il s’agissait en fait de comprendre pourquoi les méthodes de modélisation et de formalisation économiques, que nous avons apprises et qui nous semblent toujours fort abstraites, ont primé sur d’autres courants et d’autres façons de penser l’économie. Nous nous y sommes jetté à cœur joie, conscients de notre manque de recul et de l’ampleur du questionnement visant à expliquer pourquoi tel ou tel courant de recherche l’a emporté – interrogation ardue mais passionnante parce qu’elle entre-mêle des enjeux aussi bien scientifiques que politiques.

            Mais mardi, les intervenants Olivier Godechot et Yael Dosquet ont tous les deux proposé des pistes de réflexion intéressantes. Le premier a souligné l’importance des réseaux et des jeux académiques dans l’essort de l’économie néoclassique à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), rappelant ainsi que la science renvoie aussi à des rapports de force. Le second, plus difficile à suivre, a tenté de montrer que le phénomène renvoie à un « changement de gouvernementalité » datant du milieu des années 1970 – la thèse est séduisante, mais difficile à tenir de bout en bout.

A méditer, nous avançons.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1045, §262

Samedi 9 mars 2013

            Petit retour sur la présentation d’Olivier Godechot à propos de laquelle j’ai écrit hier, et d’abord pour avouer qu’elle avait un écho particulier du fait que plusieurs d’entre nous ont fait leurs études à l’EHESS et ont eu en cours les professeurs dont il était question dans son étude. Et ainsi brusquement c’était nous-mêmes qui étions indirectement objectivés par son analyse sociologique ; c’était rigolo de prendre soudain conscience du fait qu’en tant qu’étudiant nous avions d’une certaine manière été partie prenante de l’univers qu’il décrivait. Ca nous a aussi fait com/prendre un ensemble de liens entre les professeurs, les courants de recherche, les divisions entre cursus etc que nous ne connaissions pas car nous ne les avons pas vécus. Or bien sûr ces éléments, ces événements passés, jusqu’alors invisibles pour nous, existent bel et bien et structurent les trajectoires, les appuis, les reculades des professeurs plus âgés que nous, expliquant ainsi certaines prises de position qui nous semblaient parfois incompréhensibles.

 

            Je n'aime rien tant que ces retours dans les arcanes de ce qui est, j'y vois une justification des sciences sociales. 

 

            Autrement dit, tout champ où se joue des rapports de force est structuré par des asymmétries entre ceux qui sont là depuis longtemps et qui connaissent les rouages, les tensions implicites, les histoires passées etc et ceux qui « sont arrivés plus tard ». Rien de bien nouveau ici, mais il se pourrait que ce soit notamment cela qui rende l’engagement dans la durée si nécessaire, d’où la réflexion pour savoir où placer ses billes, puisqu’a priori il y a de fortes chances qu’elles soient difficiles à transvaser d’un domaine à un autre, en raison du coût d’entrée qui … Quelle lourdeur, au fond peut-être tout cela est-il aussi fortement lié au champ universitaire…

            A propos de champ, Godechot a rappelé les cinq mécanismes identifiés par Pierre Bourdieu comme source portentielle de changement : des innovations instillées par des dominants du champ, l’entrée de nouveaux acteurs, l’évolution des frontières avec d’autres champs, des luttes pour le pouvoir d’Etat, la désynchronisation entre champ et habitus à cause de changements de contexte. On est dans le ciel de la théorie, mais … plutôt fûté, non ? De là à parvenir à le montrer in concreto…

            Type d’anecdote à laquelle je cède rarement : Alain Desrosières, un maître de l’histoire des systèmes statistiques, est mort la semaine dernière. Or c’est lui qui avait vu Bourdieu à l’enterrement de Sartre (1980) et m’avait raconté la fascination de Pierre Bourdieu pour ce dernier, en tant qu’écrivain intellectuel ayant à lui seul fait évoluer le champ …

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1046, §263

Lundi 11 mars 2013

          Aujourd’hui retrouvailles avec D. P. qui rentre juste de quinze jours à Tunis. Le séjour a semble-t-il été fructueux, à voir sa mine réjouie et son ton enthousiaste. La situation en Tunisie n’a pas l’air d’évoluer beaucoup, mais je verrai cela par moi-même à la fin du mois.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1047, §264

Mardi 12 mars 2013

            Cela fait maintenant deux mois que chaque mardi matin je donne des Travaux Dirigés (TD) à « la fac ». C’est mal payé et je suis rigoureusement astreint à un programme préétabli, mais pour l’instant j’aime beaucoup ce point fixe dans mon emploi du temps, la vue depuis les salles de classe de Tolbiac, et le contact avec les étudiants – celle qui rame, celui qui se croît au souk, celle qui a 18,5 et réclame un point de plus, celui qui a 2 et que j'ai convoqué. Aider les étudiants à comprendre la dureté du monde sans être cruel, les armer plutôt que de les démunir, autant d'arts que je ne maîtrise pas encore bien. 

            A la fin de nos cours respectifs, nous avons pris l’habitude M. H. et moi d’aller manger au restaurant chinois du coin – l’occasion de parler avec douceur de nos craintes, de nos espoirs, et d’amour

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1048, §265

Mercredi 13 mars 2013

            Aujourd’hui je suis allé avec L. G. au séminaire de cinéma documentaire de Monique Peyriere et Daniel Friedmann à l’EHESS. J’y ai ressenti un vif malaise dont je me suis attaché à cerner les raisons : le fétichisme des luttes passées comme si celles-ci comptaient plus que le présent, l’entre-soi qui se marque à travers des postures vestimentaires et intellectuelles [à mieux définir, à étayer], le peu de considération et d’attention pour les questions techniques ou pratiques, les inégalités de statuts dans l’assemblée entre ceux qui ont un poste de fonctionnaires et ceux qui sont précaires, l’attachement à des belles paroles plutôt qu’aux actes de création eux-mêmes.

Cela m’a renvoyé aux entretiens de Laure Adler sur France Culture avec différents artistes où se donne à entendre tout l’écart entre créer et parler de la création des autres.

D’où un sentiment mêlé que ces institutions culturelles sont mieux que rien, que c’est bien qu’elles existent, et qu’en même temps elles manquent sacrément de peps.

            D’où notre idée avec L. G. de remettre en route un cinéclub amical où l’on pourrait assister régulièrement à des projections cinématographiques, c’est-à-dire à des visionnages avec un faisceau lumineux et un grand écran dans le noir, sans interruption, et pas tout seul. Eh là, ça paraît simple, oui mais on a constaté qu’en fait, dans nos vies actuelles et les semaines qui s’enchaînent, …

Action : on commence mercredi prochain avec « I love dollars » de Johan Van der Keuken

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1049, §266

Jeudi 14 mars 2013

            Je ne sais pas si c’est l’épuisement/l’écrasement de faire advenir ce qui n’est pas encor’, mais ce matin j’aurais pu dormir jusqu’à midi. Mais à 9h le réveil a sonné, l’air de me rappeler que mon bureau m’attendait. Un des exercices les plus épuisants, qu’on apprenne ou qu’on innove, est celui de relancer, d’amender, d’accepter que cela ne marche pas du premier coup, de recommencer, de réessayer, de prendre du recul pour se relire, de le retravailler encor’, etc pour que « ce soit comme cela doit être ». Voilà entre autres pourquoi la création est coûteuse – tout en sachant très bien qu’on ne peut pas faire autrement, qu’il faut en passer par là.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1050, §267

Vendredi 15 mars 2013

            Hier soir nous sommes allés D. P. et moi voir le nouveau film d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, « Au bout du conte » (2h). Je suis entré dans la salle avec l’impression de prendre peu de risques eu égard à une certaine condition de petit bobo parisien, j’en ai éprouvé un plaisir à la fois suranné et agréable. Agnès Jaoui en grande ordonnatrice un peu lourde et hantée par la question du « comment vieillir ? », Bacri toujours aussi impayable mais enfermé dans son rôle de jamais-content, le film parle d’amourettes, de clinquant, et de musique. Bref, pas grand chose à se mettre sous la dent si ce n’est le constat qu’alimenter une flamme amoureuse est ardu mais que la rallumer l’est encore plus – c’est presque impossible, comme si la mèche en s’éteignant se consumait tout entière, comme si à ce jeu-là si les marges de manœuvre étaient toujours trop maigres

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1051, §268

Lundi 18 mars 2013

Aujourd’hui la poursuite du social a emmené ma barque comme le requin tire celle du vieil homme et la mer

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1051, §269

Mardi 19 mars 2013

(Aujourd'hui, séance de séminaire avec Jean-Pierre Guillou, plein de choses, mais à reprendre)

Mercredi 20 mars 2013

Je me suis réveillé tout engoncé entre ce tite mystérieux « Le lion, sa cage, et ses ailes » d’Armand Gatti, le joli sourire de l’actrice Agathe Bonitzer vue l’autre jour dans le film de Jaoui, et ce proverbe ramené l’autre soir par S. B. comme un énigmatique coquillage trouvé à marée basse :

« Le chat mangerait bien du poisson, mais il ne veut pas se mouiller les pâtes »

 

            Réflexion privilégiée du réveil, il semble évident que l’épuisement progressif des bas de laine et l’augmentation des chômeurs en fin de droit marquent une deuxième vague de récession.

 

Proverbe-clé de la communication politique : « Il faut faire court plutôt que long car les gens sont cons ». Merci pour ça et le bonjour chez vous, gardons chacun nos prés

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1052, §270

Vendredi 22 mars 2013

            Chaque année a lieu le festival du cinéma du Réel à Beaubourg où on peut regarder plein de documentaires triés sur le volet. Mais cette année je l’ai commencé de la pire des façons : M. K. m’a planté alors qu’il était question qu’elle m’accompagne à cette séance de films du New Deal sur la récession économique (1930’s), ceux-ci avaient au mieux un intérêt archivistique qui n’a pas suffi à me faire aller au bout de la séance, et celle où je me suis ensuite introduit n’était pas mieux. J’aurais bien fait de rentrer de bonne heure. Plongé dans mes réflexions, peut-être est-ce moi qui n’avais pas la tête à rentrer dans ces projections

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1053, §271

Samedi 23 mars 2013

Franche et saine colère contre ces parisiens qui ont l’art et la manière de vous faire faux bond au dernier moment. Je ne vois pas d’autre ligne de conduite que de les renvoyer eux et leur incorrection dans les cordes. 

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1053, §271

Dimanche 24 mars 2013

            Journée dominicale placée sous le signe du bouclage d’une manip’ statistique avant d’enchaîner en début d’après-midi films et ping-pong de haute volée avec A. S.

Je n’ai peut-être pas assez prêté attention au message qu’elle semblait vouloir me faire passer, mais en même temps elle semblait ne pas vouloir se livrer, elle aurait pu le dire, elle ne l’a pas dit. Eh là, nous avons quand même trouvé le temps de voir quelques films au cinéma du réel, notamment « La chasse au Snarck » (F-X. Drouet, 1h40, 2013) qui m’a beaucoup ému au point de m’arracher quelques larmes - même si ce n’est sans doute pas un très bon film.

Dans ce centre belge de pédagogie alternative, c’est peut-être moins les rapports entre adolescents et adultes qui m’ont touché que d’imaginer toute l’énergie, la force, et peut-être l’abnégation qu’il a fallu pour créer et maintenir durant plus de vingt ans cette institution où ils essayent de redonner force, courage, et repères, à des jeunes brisés par la vie – comme un petit îlot face à la dureté sociale de la région de la Louvière. Mais ça, hélas, il n’y a que moi qui le voyais, car ce n’est pas dans le film – au détour d’une interview, je lis que le réalisateur s’était axé là-dessus avant de changer son fusil d’épaule face à « des remises en cause en interne de l’autogestion et de l’égalité des salaires », voilà pourtant des changements sur lesquels ça m’aurait intéressé d’en savoir plus … 

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1054, §272

Lundi 25 mars 2013

Je n’aime pas les veilles de départ, quoiqu’on fasse c’est toujours l’embouteillage, entre l’indisponibilité des uns, les imprévus ou contre-temps des autres, et sa propre procrastination.

 

Aujourd’hui, préparation bâclée car trop rapide du cours du lendemain, passé voir A. P. pour quelques sombres conseils statistiques, déjeuné avec C. H. à propos de la Tunisie, café avec J. pour réfléchir à un cours que nous donnerons de concert en septembre prochain, accompagné sans conviction Parpeluche à une séance bondée du cinéma du Réel pour entendre Allende et Castro faire de la propagande socialiste de bas étage, passé acheter le dernier livre de Gilbert Achcar qui ne vaut probablement pas les 24 euros qu’il coûte, couru jusqu’à la rue d’Ulm écouter Sophie Wahnich qui a professé une leçon tellement abstraite qu’encore maintenant je ne sais qu’en faire, dîné avec les amis du séminaire et S. B. qui revient d’Amérique, bu une chaude tisane avec B. K. avant de finir mes bagages.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1055, §273

Mardi 26 mars 2013

Je n’aime pas les journées de départ non plus, je ne me sens pas à l’aise entre la peur d’oublier tel ustensile et celle de manquer le transport, or celle-ci a été particulièrement éprouvante.

 

J’ai d’abord donné trois heures de cours que, par manque de préparation, je maîtrisais mal.

En pleine classe mon portable s’est par trois fois mis à bourdonner, c’était S. J. pour me dire qu’il s’était tamponné avec les hôteliers où il passait prendre une clé pour moi : ils voulaient sa carte d’identité pour en faire une photocopie et, n’ayant pas été prévenu, il est monté sur ses grands chevaux en les traitant de colonialistes. En passant un coup de fil réparateur j’apprends qu’en fait la dame que j’avais prévenue n’est pas là aujourd’hui et n’a pas passé le message.

 

J’arrive à Orly vers 15h en pleine alerte à la bombe, tout le monde dehors devant le terminal Sud ! Heureusement ce n’est manifestement pas un jour d’affluence et nous décollons presque à l’heure.

 

Arrivée à Tunis où il fait déjà nuit et où le café de l’aéroport qui était en grève a rouvert.

Un taxi-driver veut me la faire à l’envers en faisant mine d’oublier le compteur, je demande s’il peut l’enclencher, il commence à négocier des prix exorbitants, je le reprends de volée et descends aussitôt. Mais le suivant, plus malin, enclenche le compteur bis, celui à un taux usurier réservé aux touristes américains, et le temps que je m’en aperçoive il est déjà trop tard nous sommes sur l’autoroute.

Tunis semble plongée en pleine effervescence du Forum Social Mondial (FSM), les rues bariolées par les cinq continents. Au resto avec S. J., je me retrouve par hasard à côté de la délégation d’ATTAC France et de l’économiste Dominique Plihon que je n’avais pas reconnu.

 

« Les convoyeurs attendent » : bouclé la journée dans un aller-retour de minuit au centre-ville pour porter à S. Z. un précieux papier administratif qui doit lui permettre de venir en France, just on time puisqu’il a rendez-vous demain matin à l’ambassade pour son visa. Il m’a chaleureusement invité à boire un verre dans un bar enfumé comme on n’en trouve plus en France et où la bière coulait à flot, mais je n’ai pas fait long feu.

Depuis ma terrasse j’hume une dernière fois l’air de la ville avant de plonger dans un profond sommeil.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1057, §275

Mercredi 27 mars 2013

Journée passée au forum social mondial, pour voir un peu ce que c’est. J’avais coché quelques séances qui tournaient autour de « la violation des doits sociaux et économiques des femmes tunisiennes dans l’industrie textile », ou de « l’emploi des jeunes dans les centres d’appel, positif ou négatif ? », ou de « la dette odieuse des pays du sud envers les pays du nord », ou de « l’économie informelle dans la région de Kasserine (sud ouest de la Tunisie) », mais dans les trois je n’ai pas appris grand’chose - hormis que l’exploitation d’un homme est toujours le fruit d’un autre homme, comme on sait.

Par contre, quel contraste de voir cette cour de l’université El Manar, que j’avais visitée déserte l’année dernière en période d’examens, aujourd’hui ornée d’un grand drapeau palestinien, arpentée par un groupe de tunisiens commémorant la révolte du bassin minier de 2008 (« nous ne les laisserons pas, nous ne les laisserons pas, nous ne les laisserons pas… dans l’o-u-b-l-i ! Réhabilitation des martyrs de Redeyeff »), et avec au centre une barque renvoyant aux émigrés morts en mer.

L’espace est traversé par une belle énergie revendicatrice, hyper multi-culti, les uns qui dansent, les autres qui débattent, ceux-ci qui jouent, ceux-là qui scandent, celle-ci qui mange, celui-là qui politise. Chic ambiance, mais est-ce vraiment cela qui fait changer le monde ?

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1058, §276

Jeudi 28 mars 2013

« -Ici c’est la cité Ettadhamen, ça veut dire « solidarité » en arabe, c’est une des cités les plus pauvres de Tunis. Elle a été créée dans les années 1960, à l’époque j’avais travaillé dessus. Maintenant ce sont les pires voyous qui y habitent, dès qu’il y a un problème ils viennent tout casser dans les quartiers bourgeois d’El Manar. Même le POCT (Parti Ouvrier Communiste Tunisien) s’est fait jeter des pierres, les islamistes les ont empêché de tenir leurs réunions.

Tu vois tous ces étals de vêtements comme un marché ? Ils sont illégaux, ils ne payent pas de taxe et vendent des produits asiatiques, mais la police est là et ne fait rien. »

Je vois : quelques cafés, de grandes barres fort décrépies mais moins grises et moins hautes que chez nous, des ateliers de réparation de voiture qui occupent les trotoirs, des femmes voilées qui reviennent des courses, des maçons qui font du ciment à même la rue, des enfants qui jouent au foot, des tas de déchets, de petites ruelles qui partent de tout côté.

 

« -Nous allons à cette audience parce qu’il faut soutenir Habib Khazdagli, le doyen de l’université de la Manouba (la grosse université de sciences humaines de Tunis), il est accusé d’avoir giflé deux islamistes en niqab alors que ce n’est pas vrai. Il essayait juste de faire appliquer le règlement face aux étudiants salafistes qui voulaient imposer leur loi. Il y en a même un qui était parvenu à hisser le drapeau noir djihadiste sur le toit de l’université ! Personne ne saura qui tu es, mais du temps de Ben Ali je ne t’aurais pas proposé de m’accompagner … Les policiers et les mouchards sont toujours là mais maintenant ils ont peur … »

 

« -Je connaissais Hama Hammami (dirigeant du Parti Ouvrier Communiste Tunisien, POCT) avant qu’il soit connu, regarde c’est son immeuble, on le montre maintenant qu’il est célèbre… Je connaissais aussi Chokri Bélaïd (avocat engagé contre les islamistes assassiné le 6 février dernier), il était avec d’autres camarades et moi dans le comité… Les deux ça fait longtemps qu’ils militent… »

 

Le soir, par un étrange tangage voyageur, je me suis retrouvé dans une soirée bourrée d’Américains, à ma droite un missionnaire chargé de protéger l’ambassade US depuis son attaque par les salafistes le 14 septembre dernier, à ma gauche un mormont qui vient apprendre l’arabe pour mieux comprendre le Coran. Un doctorant anglais travaillant sur la compatibilité entre Islam et démocratie s’est fait alpagué par deux jeunes tunisiennes qui buvaient de la bière et ne voulaient pas entendre parler de religion. L’une d’elles se plaint de ses voisins lybiens arrivés suite à la guerre et qui entretiennent un réseau de prostitution à son étage, jettent leurs déchets par la fenêtre, et vivent de leur rente pétrolière pendant qu’elle se lève tous les matins pour aller bosser. N’embêtez pas trop un Tunisien avec les lybiens ou les Algériens, c’est une règle d’or.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1059, §277

Vendredi 29 mars 2013

Aujourd’hui, petit coup de barre et journée allégée. Hélas à 8h le tchadien d’à côté m’a réveillé en toquant à ma porte ; il voulait mon numéro afin de rester joignable par son ambassade.

 

J’ai regardé « Un thé au Sahara » (B. Bertolucci, 2h20, 1990) avec la conviction intime que devais le voir – hélas sur un petit écran misérable, c’est une honte, ma prochaine paye passe dans un vidéoprojecteur.

Les plans sont royaux et certaines séquences géniales comme celle du début où musique et montage suffisent pour faire passer le message. Aussi la découverte d’une société musulmane étrangère avec l’étourdissement de l’appel à la prière qu’on entend pour la première fois, la maladie qu’on attrape et qui met à la ramasse, un entrecroisement de pistes suggérant qu’au fond plusieurs morales peuvent guider nos vies.

 

            La datte, la mangue, et le croissant : autant de petits claquements fondants dans nos vies, en regardant les autres qui s’affairent, en pensant à la suite, mine de rien l’air de vouloir nous rappeler ce qui compte vraiment, ils s’offrent à nous avec une pointe de bonhommie précieuse.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1060, §278

Samedi 30 mars 2013

            Aujourd’hui j’avais rendez-vous avec deux chercheuses en « économie politique » qui s’intéressent à la Tunisie et en particulier aux questions d’emploi. Elles m’ont réconforté, donné de précieuses indications, et confirmé que tout n’a pas encore été dit sur le sujet – l’entre-soi et les divergences universitaire me posent parfois quelques questions, mais peu importe.

            Le soir, par la faute de H. J., je me suis à nouveau retrouvé dans une soirée branchée et remplie d’Américains qui aiment les bons cocktails mais n’avaient pas envie de danser, qui pensent surtout en termes binaires de « bien » ou « pas bien », et qui sont d’une décontraction à toute épreuve.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1062, §280

Dimanche 31 mars 2013

            Dimanche presque tout entier absorbé par la lecture du fameux Par la volonté du peuple, comment les députés de 1789 sont devenus révolutionnaires de Timothy Tackett (Albin Michel, coll. L’évolution de l’humanité, 1997, 360 pages, traduit de l’anglais par A. Spiess). Passionnant !

 

L’auteur entreprend de « suivre les itinéraires des députés de 1789 et d’explorer la signification de leur expérience, afin de nous permettre de comprendre les origines et les premières phases de la Révolution » (intro, p. 20). Pour cela, il s’appuie sur les écrits et tout particulièrement les notes et les lettres de 129 députés, soit environ un dixième de l’ensemble des députés : chose que j’ignorais, ceux-ci étaient plus de 1200, soit une des plus larges assemblées qui ait jamais été. Comme le rappelle l’auteur, cela a posé d’énormes problèmes dans la conduite pratique des débats et conféré aux groupes les plus soudés un certain avantage pour faire entendre leur voix – une fois n’est pas coutume, suivez mon regard…

 

Matériaux empiriques à l’appui, la force de cette approche est donc de faire un pied de nez aux deux principaux courants d’interprétation de la Révolution française, comme le résume Tackett avec un style d’une limpidité déconcertante – alors que les enjeux sont lourds.

D’un côté les « marxistes » (Karl Marx, Jean Jaurès, Georges Lefebvre, Albert Soboul, Michel Vovelle, …) insistent sur des facteurs sociaux et économiques et sur une opposition de classe entre l’aristocratie et la bourgeoisie : cette dernière s’est enrichie au point de contester le monopole du pouvoir politique et du prestige social par la Noblesse, la Révolution marquerait donc « le moment où la bourgeoisie rectifie ce déséquilibre injuste et s’empare du pouvoir » (p. 13).

De l’autre, les « révisionnistes » (George Taylor, François Furet, …) remettent en cause « le lien entre antagonisme social et action révolutionnaire », la Révolution serait plutôt due à « l’effondrement interne de la monarchie, l’incompétence du roi en place, et une crise fiscale sans précédent » (p. 14). Selon Furet, la Terreur découlerait de l’application forcenée, par des Jacobins fanatiques de Rousseau, du concept de « volonté générale » qui nie tout pluralisme politique. 

Or Tackett essaye de montrer que, du moins si on regarde les écrits des députés qu’il a pu rassembler, la réalité est plus complexe et se situe probablement entre les deux grands prismes d’interprétation.

 

Le prisme marxiste est séduisant et validé par de vraies inégalités de conditions au sein de l’assemblée et de sa division en trois ordres (Clergé, Tiers-Etat, Noblesse) en termes d’âge, de professions (le Tiers-Etat est surtout composé d’avocats, la Noblesse de militaires), de diplômes, d’origine géographique (75% des députés sont citadins contre 18% de la population en général !), et de richesse (les Nobles sont beaucoup plus riches). Contrairement à ce qu’on pourrait croire a priori, les représentants du Tiers-Etat étaient loin d’être de petits pauvres, plutôt des anticléricaux résolus, fin connaisseurs des rouages administratifs du pouvoir, et prêts à tout pour devenir Noble. Toute la question est de savoir si ces caractéristiques sociales expliquent véritablement les choix politiques et dans quelle mesure ces députés du Tiers-Etat étaient unis et conscients de lutter contre l’aristocratie. Vaste problème que d’arriver à tenir des interprétations dont les acteurs eux-mêmes ne semblent pas avoir conscience, voire même qu’ils réfutent – que ce soit pour une situation sociale ou une période historique. L’exemple-type de ce souci concerne les classes sociales : on aimerait croire à leur existence et les rendre palpables, mais sur le terrain elles sont toujours délicates à saisir concrètement.

L’interprétation « révisionniste » se heurte quant à elle au fait que la place des idées des Lumières (Voltaire, Rousseau, Diderot) dans ces lettres semblent des plus limitées (chapitre 2) :

« L’idée du présent chapitre et de ceux qui suivent est que le mélange idéologique et les cadres conceptuels chez les hommes de 89 existent et offrent la possibilité de nombreux choix politiques, de nombreuses révolutions, de nombreux mouvements réformateurs ou contre-révolutionnaires. Les choix idéologiques qui vont être prédominants au cours de la Révolution se développent avant tout en fonction des contingences politiques et des interactions sociales au sein de l’Assemblée, d’une part, et entre l’Assemblée et l’ensemble de la population, d’autre part. » (p. 73).

 

            J’ai été aussi frappé par l’actualité des problèmes qui manifestement se posaient à l’Assemblée (faut-il avoir des députés professionnels, c’est-à-dire les rémunérer et donc permettre aux moins fortunés de participer à la vie politique ? comment faut-il réguler les tours de parole ? Pour être révolutionnaire, vaut-il mieux bien discourir ou connaître les rouages ? ) et par certains noms de l’époque :  Campmas d’Albi, Delandine de Lyon, Gaultier de Biauzat, Périsse du Luc, Creuzé-Latouche, le Franc de Pompignan de Vienne, Forest de Masmoury du Limousin, Le Couteulx de Canteleu, Riberolles, Dionis du Séjour, Nompère de Champagny, …

 

J’avais couru lundi soir dernier pour l’emprunter in extremis à la bibliothèque Sainte Barbe et le lire de ci de là pendant ce séjour, dans l’avion ou sur la terrasse. J’ai bien fait car je n’ai pas ouvert d’ouvrage si prenant depuis un moment, qui éclaire avec autant de clarté cet événement complexe qu’est la Révolution française – sur lequel mes connaissances sont fort lacunaires, faute d’être allé plus loin que mes cours de collège.

Sans faire de parallèle abusif, voilà en tout cas qui me donne à réfléchir à la fois sur comment interpréter la révolution tunisienne et sur comment écrire les sciences sociales –rares sont les ouvrages qui arrivent à une rédaction aussi fluide, à la fois étayée et suggestive.

Du coup, je me demande si je ne vais pas l’offrir à D. P. qui travaille justement sur les députés de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) de Tunis. De mon côté, je ne pense pas arriver un jour à un tel niveau de style et de maîtrise, ... eh là doucement, ce livre de Tackett est le résultat de 40 ans de recherches acharnées, toute une vie.

 

Extrait de « Fragments du monde – tribulations d’un jeune fou », p. 1063, §281

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