Mercredi 30 décembre 2015

Une fois encore Noël se sera bien passée cette année. Suite à une idée de M, la nappe était en papier blanc et chacun-e disposait de feutres de couleurs pour y mettre ce qui lui passait par la tête. Je n’ai pas mis grand-chose, mais T. a écrit : « Jadis, si je me souviens bien ». Phrase qui a retenu l’attention de M, et qui est en fait un vers de Rimbaud.

Pas beaucoup d’énergie/entrain ces jours-ci pour avancer, et donc lectures pour regarder jusqu’où d’autres sont capables de jetter leur pierre, et les ronds que cela occasionne dans le grand fleuve du Monde et de l’Histoire.

Dimanche 27 décembre 2015

Regardé maintenant plusieurs épisodes de "Game of thrown" tant recommandé par Pablo Iglesias. Ca m'inquiète, car la série est traversée par une absence casi-totale du peuple, une histoire très "grands événements et hommes politiques" du monde, ce qui recoupe justement une critique faite à Iglesias quant à son autoritarisme au sein du parti Podemos.

Mais R. me rappelle bien qu'en s'y référant il visait aussi le coup médiatique, vu la notoriété de la série.

Vendredi 25 décembre 2015

Aujourd'hui regardé les 2 tout premiers épisodes de de Games of Thrown, sur lequel il y aurait beaucoup à dire tant les épisodes analysables se multiplient. Très intéressant sur ce qu’est la politique, mais absence très dommageable de "forces sociales".

Bonne entente avec R. qui se plaint de la fatigue occasionnée par son boulot.

Dimanche 20 décembre 2015

            Je me sens un peu honteux d'être aussi tendu par les élections espagnoles du jour et par la possibilité que Podemos arrive en seconde position derrière le parti de droite traditionnelle, ce qui serait synonyme d'une défaite h-i-s-t-o-r-i-q-u-e de la social-démocratie, de l'extrême-gauche d'antan, et de tout ce qui les accompagne. Et en même temps un vrai appaisement que la campagne soit finie et que le bourdonnement qui l'accompagnait s'arrête.

J'ai quand même fini de corriger les rendus de mon cours. La plupart des groupes ne se sont pas foulés mais même ainsi ça reste acceptable, intéressant par passages.Probablement me renvoient-ils une part de mon propre manque d'entrain pour ce cours cette année.

Vu ce soir à la cinémathèque le film  "Maidan" sur cette place de Kiev occupée pendant des mois, ce qui donna lieu à une répression sanglante et finalement à la destitution du dictateur. Une bande-son très travaillée, de longs plans fixes sur pied face à la multitude, des scènes mêlant le dormir, le manger, et l'esprit religieux-politique-musical. Frappant dans cette révolte la référence permantente à la nation ukrainienne, le fourmillement continu, et la force paradoxalement mobilisatrice de la répression musclée.

Samedi 19 décembre 2015

Aujourd'hui nouveau tour du barrio, plus vers le stade et le centre commercial construit il y a peu : étonnant quartier parce que très hétéroclite, avec de grands buildings à côté de maisons à un étage. Certaines rues sont difformes, s'enchaînent sans vraiment de point de repère, les terrains vagues et "non-lieux" assez répandus, et donc on s'y perd facilement (description à poursuivre, cf. l'église toute neuve toute pimpante).

Vendredi 18 décembre 2015

Sacré Pablo Iglesias, quoiqu'il advienne il est impressionnant, dans la finesse de ses analyses politiques et dans ses écrits autant que tout à l'heure sur la scène du meeting de fin de campagne à Valencia.

Nous avons enfin fini un article sur lequel nous travaillions avec mon directeur de thèse depuis un mois, bien content d'avoir une première version !

Jeudi 17 décembre 2015

Arturo a 50 ans, un vieux chien piteux, un manteau élimé, et un crâne de plus en plus chauve. Il est râblé, pauvre car sans emploi depuis plusieurs années, célibataire sans enfants, et dénote dans la grisaille par son activisme forcené dans plusieurs associations sociales du quartier, où il habite maintenant l'appartement de ses feu-parents. Il va à toutes les manif auxquelles ce qu'il lui reste de temps libre lui permet d'aller, soutient le parti d'extrême-gauche espagnol, et au foot il est pour l'Atletico Madrid et Levante qui sont des clubs de second rang où les joueurs doivent mouiller le maillot. Bref, c'est la classe ouvrière historique et c'est lui qui qui me patronne ici et qui m'a trouvé la chambre que j'habite actuellement. Chacun sait qu'on peut compter sur Arturo pour n'importe quoi, sauf pour de l'argent : un frigo, un colis alimentaire pour une famille dans le besoin, ou un peu de réconfort. A sa manière et probablement sans le savoir, il me tend un miroir.

Mercredi 16 décembre 2015

Vous avez dit café ? Oui mais attention, il y a café et café : le café de vieux jouant aux dominos fin de matinée ou d'après-midi, le café maghrébin avec du thé et des lettres arabes sur les murs et à la Tv, le café "standard" de quartier avec deux machines à sous, une pâtine de saleté qui recouvre tout, et des sandwichs "con cantitad pero sin calidad" (avec la quantité mais pas la qualité). Et puis il y a l'unique café des alentours où il n'y a ni machine à sous, ni écrans - double absence qui a un réel effet sur le volume sonore -, où la lumière est plus tamisée et les prix très légèrement plus élevés, et où viennent les bourgeois et les policiers locaux, ainsi que quelques étudiants.

Mardi 15 décembre 2015

            Ce qui me frappe dans ce quartier lors de mes nombreuses balades et cafés, c'est avant tout combien les habitants sont facilement catégorisables dans un éventail d'identités sociales relativement restreint, comme des personnages.

Les personnes âgées, surtout les femmes qui marchent en canard avec leur canne et leur cabas pour aller faire leurs courses, aux pensions misérables et qui dont n'ont pas pu quitter le quartier. Des rides, des corps courbés par toute une vie de travail dans la construction ou dans le maraîchage, des visages grimaçant.

Les immigré-e-s, qui se sous-divisent entre américains du sud aux visages typés et qui ont l'air usés et perpétuellement fatigués, les marchands ambulants noirs, les européens de l'est identifiables par leur accent, les maghrébins en bande dans des cafés maghrébins. Tous sont désespérés face au manque d'emploi et affrontent des situations très difficiles.  

Les jeunes "quinquis", avec leurs écouteurs, survêtements de marque gris et boufants, leurs cheveux coupés courts, leurs tatouages et leurs gros bras, chien à poil ras, parfois un pétard, et leur petite copine tirée à 4 épingles. La trentaine pointe son nez et ils habitent toujours chez leurs parents. Mais c'est là une description un peu caricaturale, il faudrait faire des distinctions, des différences insignifiantes/anodines pour le regard extérieur pouvant se révéler pour eux abyssales.

Les pères de ces derniers, divorcés, piliers de comptoir soixantenaires, le poil grisonnant, accoudés à ce petit comptoir extérieur qu'ont les cafés espagnols, avec leur bière, leur café, et une cigarette. L'après-midi ensoleillée sera pour la pétanque sur le petit terre-plein au bout de la rue, la pluvieuse sera dans un café sans âge et rempli de tables de quatuors sans âge jouant aux dominos.

En regardant les passants à travers la vitre du café, rares sont ceux qui ne rentrent pas dans une de ces cases, aussi grossières soient-elles. Voilà peut-être la vraie marque de la ségrégation géographique qui existe de fait ?

Lundi 14 décembre 2015

            J'habite depuis un gros mois dans un des quartiers les plus pauvres et les plus mal famés de Valencia, dans une petite chambre avec vue sur une petite cours fermée (PHOTO), donnant sur des façades arrières dégradées. Etonnamment il n'y a aucun problème de sécurité, l'ambiance me semble beaucoup plus détendue que dans certaines "cités" parisiennes.

Comme me l'explique de manière lumineuse B. en se référant aux grands immeubles (PHOTO) :

" Tout ça eut lieu entre les gouvernements d'Aznar [1996-2004] et de Zapatero [2004-2011], un désastre total. Aznar a fait la "ley del suelo"* (la "loi du sol" de 1998 qui libéralise les terrains constructibles), d'un coup on pouvait construire de tous les côtés, les grands buildings commencèrent à sortir du sol, et vas-y qu'on fait des appart' ! Ceux qui avaient déjà un appart' s'en sont acheté un autre parce qu'on leur achetait à prix d'or, et eux achetaient du neuf.

Que s'est-il passé ? Les prix des vieux appart' explosèrent parce que les immigrés commencèrent à venir, la loi Zapatero [2005] leur donnait la nationalité. Il en vint des tonnes, et comme il y avait du travail dans la construction,  personne ne voulait aller garder les personnes âgées ou laver les cages d'escalier, donc ils trouvaient du travail facilement. Les Espagnols dans les bons boulots, où tu gagnes bien, comme la construction, et les étrangers pour les boulots de merde ("trabajo cutre") et ce genre de truc. Et donc comme ils avaient besoin de logement, ils cherchaient des logements pas chers, eh bien on commença à leur vendre les vieux appartements où ils habitaient à je ne sais pas combien. Les Espagnols vendaient et eux achetaient. Quand le chômage est arrivé, tout s'est enrayé. Une folie, un désastre, entre l'un qui fit la "loi du sol" et l'autre la "loi de l'immigration", allez allons-y ! Et en avant les prix de l'immobilier. " (entretien, 15 novembre 2015)

Mardi 1er décembre 2015

Aujourd'hui entretien comme prévu à Barcelone avec le frère et la mère d'E. dans le cadre de mon enquête de terrain espagnole. Tout a un peu trop bien roulé, mais ça m'a laissé épuisé, comme un contre-coup.

Archives

  • Avril 2016
  • March 2016
  • February 2016
  • Janvier 2016
  • Décembre 2015
  • Novembre 2015
  • Octobre 2015
  • Septembre 2015
  • Aout 2015
  • Juillet 2015
  • Juin 2015
  • Mai 2015
  • Avril 2015
  • Janvier 2015
  • Décembre 2014
  • Novembre 2014
  • Octobre 2014
  • Septembre 2014
  • Aout 2014
  • Avril 2013
  • Mars 2013
  • Février 2013
  • Décembre 2012
  • Novembre 2012
  • Octobre 2012
  • Septembre 2012
  • Aout 2012
  • Juin 2012
  • Mai 2012
  • Avril 2012
  • Mars 2012
  • Février 2012
  • Janvier 2012

  • Carnet de voyage grec
  • On the table
  • En cours


  • « Je m'appelle Pit, alias Corto Jardenn Bonaventure, j'ai fait beaucoup d'études et puis j'en ai eu marre, alors j'ai fait une pause avant de reprendre - histoire de m'interroger encore un peu. Entreprise ratée ou réussie, je ne sais. Je suis jeune, avec tout ce que ça suppose de parti pris, d'audace, de certitudes absolues, de désarroi, et de ratés. »