Lundi 27 avril 2015

DANSE. Il faudrait que j'écrive sur mon cours de danse

Samedi 25 avril 2015

            Ce soir prestation impressionnante du leader de Podemos, Pablo Iglesias, sur le plateau du traditionnel débat politique du samedi soir sur la chaîne espagnole "La Sexta" : il a répondu chiffres à l'appui aux question du public et tenu tête au journaliste de droite qui essayait de le déstabiliser.

Dimanche 19 avril 2015

            Aujourd'hui dimanche jour de repos. Petite gâterie à la patisserie du coin, écriture sans objectif, et cours de danse en plein air annulé : la petite place était monopolisée par un prêcheur, signalé par une grande croix arrondie et dorée, et ses ouailles. Déjeuner avec les coloc' et mise en écriture ci-présente sur ma petite terrasse.

Du cinquième étage je regarde pendant de longs moment les immeubles d'en face qui me donnent la vue sur pas moins de 120 terrasses, chacune comme une petite cellule de vie : celles avec des plantes vertes ou des fleurs roses, d'autres complètement fermées, celles avec des vêtements à sécher ou des vélos, des escabos ou un appareil de musculation, une petite table en fer forgé, des affaires de peintures, un fumeur perché, une culotte, un chien qui regarde la rue. Aux rez-de-chaussée des petites échoppes : une coiffeuse, le local d'un club de supporter du Valencia, celui du comité des traditionnelles fêtes de fallas qui ont lieu en mars mais se préparent toute l'année, une boucherie, un vendeur de légumes, et un autre de chips en tout genre, une librairie alternative qui n'a pas beaucoup de livres. Un peu plus loin, un jardin anarchiste où tout est très libre et sale, une école avec des terrains de basket, et un essai architectural traversé de pylonnes en béton, parsemé de verdures, et coiffé de toits en pointe.

J'ordonne quelques éléments, des bribes, et nous partons à un concert avec la dernière colocataire arrivée.

Mercredi 15 avril 2015

            En tunisie je ne parlais pas arabe et beaucoup de tunisiens parlent français ou au moins le comprennent, mais ici en Espagne on m'a jusqu'à présent demandé deux fois de faire office de traducteur, en plus de quelques propositions d'échange linguistique en tandem pour apprendre moi l'espagnol et l'autre le français ou de coups de sonde pour savoir "s'il y a du travail" en France.

            Aujourd'hui la seconde fois, c'est une chômeuse très impliquée dans les mouvements sociaux et les réseaux de solidarité, 45 ans sans enfant et revenue habiter chez ses parents, qui m'avait demandé de venir traduire un papier de son père retraité, et aujourd'hui j'y suis allé. J'ai été bien reçu, il habite au 5ème étage d'un grand immeuble de Catarroja, le petit hall d'entrée qui arbore deux petits fauteuils fabriqués par ce père tapissier, des photos de famille récentes, des peintures viellies d'aieux, on me sert un coca dans la cuisine, il est midi passé et la mère en tablier enfourne le riz au four du jour, la cuisine bien carrelée et équipée est son affaire, la fenêtre au-dessus de son évier donne sur celle d'en face. Lui : un monsieur âgé mais ayant toute sa tête, aussi bavard que sa fille, comme elle écoeuré par les politiciens espagnols. Fin des années 1970 il a travaillé trois ans à Paris comme ouvrier-manoeuvre. Il n'en a manifestement pas gardé un mauvais souvenir, mais entre les enfants naissants et la dureté du travail pour un salaire supérieur à l'équivalent espagnol de l'époque mais insuffisant pour se payer un logement parisien décent, ce n'était pas viable bien longtemps. Ils sont rentrés en Espagne avec un tout petit pécule, lui a continué sa vie de tapissier parsemée de périodes chômées, sa femme à faire des ménages. Il en a retiré tout de même ce petit papier qu'on me tend, qui confirme la pension de retraite de 123€ annuels qu'il a reçue jusqu'à présent et lui permet de faire une déclaration fiscale inutile car il est loin d'être imposable. Le papier stipule que dorénavant il ne sera plus disponible que via internet. Grand cri soudain à l'espagnole : "Et ceux qui n'ont pas internet ? Qu'est-ce qu'ils font ? Me cago en Dios [insulte]".

            La première fois c'était les voisins de pallier de Rafa et Diana qui voulaient que je traduise le papier de demande de caution de logement pour leur fils en échange universitaire à Toulouse pour 6 mois. Elle est une vendeuse d'électroménager, lui mécanicien, tous les deux à la retraite depuis peu. Ils n'ont pas fait d'études, mais leur fils si, en sciences de l'ingénieur et plusieurs années après le bachiler. Intérieur étonnamment rutilant, on pourrait y manger par terre, elle toute excitée car le papier doit être renvoyé dans les 24h pour que le fils puisse prendre sa location, lui plus posé mais mal à l'aise avec le petit paragraphe d'autorisation manuscrite qu'il doit recopier en français. Elle l'engueule parce que son écriture maladroite et enfantine dépasse un peu du formulaire, lui est tout penaud, Diana qui m'a accompagné en rit de bon coeur. Je suis remercié plusieurs jours plus tard par un plat fait maison.

            Bref, deux scènes anodines mais où j'ai expérimenté ce petit pouvoir qu'octroient la langue et l'écriture. Ca m'a fait penser à ce passage de Tristes Tropiques où le chef de tribu s'empare du cahier de l'anthropologue pour se mettre à noter lors d'une distribution de cadeaux, ce que Lévi-Strauss interprète comme une tentative d'appropriation du pouvoir octroyé par l'écriture via la conservation du savoir. On s'éloigne là de mes deux petites scènes de traduction, exemples anodins des barrières que la maîtrise des langues étrangères permet de franchir - et par la même occasion de me faire voir des intérieurs que je n'aurais peut-être pas vu en d'autres occasions. Et eux au fond, comment ont-ils vécu ces moments ?

Lundi 13 avril 2015

            Hier retour à Valencia où j'ai passé un week-end reposant, entre l'écriture, un repas dominical chez les parents de Rafa, un petit verre le samedi soir. Le dimanche soir tous les trains de banlieue sont bondés d'étudiants qui reviennent du week-end dans leur village parental pour étudier à Valencia "capital", avec de grosses valises remplies de vêtements bien repassés, de tupperware maternels, et de cahiers de révision. On ne m'enlèvera pas de la tête que ce genre de transhumance en dit long sur la vie étudiante actuelle, peu politisée et plus dépendante de la solidarité familiale qu'amicale.

            Aujourd'hui il pleut. Et ça c'est tout con mais dans une région où il ne pleut jamais c'est drôlement agréable. Bien content aussi de sortir de ces deux semaines molles, dolentes, sur un faux rythme interminable, plombé par des ponts et jours fériés qui n'en finissent pas depuis trois semaines.

Lundi 6 avril 2015

            Je sens que je reprends doucement le chemin de ces carnets, entre une nécessité presque hygiénique et l'humeur plus vagabonde, la volonté de témoigner mais aussi peut-être à la faveur du besoin d'un relâchement, d'une ouverture après que de premières positions aient été assurées. Deux ans ont passé, dont je n'ai pas tiré grand-chose de concret, peut-être ai-je seulement mûri - vers 25 ans on peut espérer mieux, et en même temps de mon côté j'ai fait ce que j'ai pu, je n'ai pas lâché la partition d'un iota. 

Volonté d'écrire sans parenthèses et sans trop de signes de ponctuation, comme on m'a appris durant mes études que chaque signe est une résignation, une approximation de l'écriture, un relâchement.

Dimanche 5 avril 2015

            Ce matin agréable lever chez Francine et René. R. m'a paru fatigué hier soir, et sans envie d'aller travailler aujourd'hui toute la journée dans un chantier qu'il doit boucler avant le retour des propriétaires fin de la semaine prochaine. Cela l'oblige à mettre les bouchées doubles et à travailler plus vite qu'à l'accoutumée, je me demande pourquoi il a pris cet engagement.

Je me suis mis à travailler, à nouveau, sur les statistiques de l'enquête REPONSE sur les relations professionnelles dans les entreprises françaises. Mais à 11h j'avais pratiquement fini, alors je suis allé boire un café au Belga en cherchant à mettre un peu d'ordre dans mes notes ici et là éparpillées. Il fait froid et sec mais le soleil donne et éclaire toute la place de ce quartier qui devient de plus en plus bon chic bon genre. Je le vois aux habits des gens, à leurs couleur (orange, rouge, vert), à leurs nombreux accessoires (écharppe, capuche, bonnet), à leurs petites chemises. Certes, il y a des exceptions, mais globalement c'est l'uniformité du doux panachage.

Je relis, façonne, et au fond améliore les notes que j'avais disposées hier.

Samedi 4 avril 2015

            Aujourd'hui lever à Brussel chez René et Francine vers 8h30, je me lance dans les statistiques de REPONSE sur les divergences de réponses entre représentant du personnel ou de la direction. Ca ne colle toujours pas, je suis un peu découragé, émoussé, échaudé, par ce codage informatique trop lourd pour le temps dont je dispose actuellement.

La place Flagey : la serveuse black qui m'ignore superbement, la pluie, le marché avec les vendeurs humides, un mauvais croissant, un bon lait russe, l'obnubilation des statistiques qui ne disent pas encore ce que je voudrais leur faire dire.

 

            Tout à l'heure nous sommes allées voir la performance de Maria Teresa de Kersmacker, cette chorégraphe/danseuse dont il semble coutume de dire qu'elle est "de renommée internationale" et dont on avait des échos ici et là, de livres ou de voix amicales. J'ai un rapport profane à la danse : je n'y connais rien, des occasions parisiennes m'ont amené à voir les plus célèbres (Découflé, Pinau Bauch), et j'adore danser.

Curieux spectacle qui désarçonne au prime abord, avec ces danseurs qui déambulent au milieu du public de cette grande salle d'exposition du Wiels sur quelques notes musicales. Naturellement tout le monde se met aux abords de la salle vide plutôt qu'au milieu, où sont les trois danseuses et De Kersmacker elle-même, qui vadrouille l'air sérieux, en cape, bottes et jupe de cuir, le regard sombre, tout en saluant quelques connaissances. Contraste entre la grande liberté apparente, d'espace, de mouvement, des danseurs, et son visage fermé.

Je me suis d'abord senti désarçonné par cette proposition artistique, cet espace, qui est donné au spectateur et qu'on ne sait d'abord pas très bien comment habiter, à quoi se raccrocher face à ce qui apparaît comme une liberté sans autres limites que les murs de la salle. L'être-là qu'on recherche quand on va voir un spectacle, que ça nous sorte un peu de la caque, même sans trop choisir ce qu'on va voir, "on va voir ce qui a". Alors j'en suis sorti avec l'impression d'avoir vécu un bruit blanc, malgré la musique, le bruit des pas, les déplacements d'air éventuellement musicaux, quelques murmures. Un autre moment de silence. Pan, elle l'a appelé "Work/Travail/Arbeid" parce que le labeur est central pour elle - en lien avec son origine paysanne ou sa formation new-yorkaise où elle a bien dû trimer ? Bref, beaucoup plus de tenue que les scènes de liberté totale et décadente que j'ai vues l'autre jour à cet énorme squat madrilène du nom de Joni. Mais ça, c'est une autre histoire, à tisser un autre jour.

 

La proposition d'un de mes directeurs de recherche de partir faire un séjour en Argentine me trotte dans la tête. Je ne sais pas très bien que lui répondre, ça me semble loin et peu sûr.

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  • « Je m'appelle Pit, alias Corto Jardenn Bonaventure, j'ai fait beaucoup d'études et puis j'en ai eu marre, alors j'ai fait une pause avant de reprendre - histoire de m'interroger encore un peu. Entreprise ratée ou réussie, je ne sais. Je suis jeune, avec tout ce que ça suppose de parti pris, d'audace, de certitudes absolues, de désarroi, et de ratés. »