Mercredi 30 septembre 2015

Aujourd'hui grasse matinée jusqu'à 9h, quelques heures de lecture et de réglages divers, et une heure et demie de foot avant l'audition au Conseil Economique et Social et de l'environnement (CESE, place Iéna, dans les quartiers riches de Paris où il arrive de voir des Ferrari) qui prépare un rapport sur les effets sociaux du chômage. J'étais flaté de passer entre Jérôme Gautié et Andrew Clark qui sont tous les deux des chercheurs beaucoup plus patentés que moi, j'ai raconté ce que j'observais en Espagne. Plusieurs personnes m'ont dit que c'est le genre de rapport qui n'aboutit à rien de concret.

Passé ensuite à la bibliothèque de Sciences Po pour chopper un livre difficile à trouver, et profité pour souffler un moment au café d'à côté.

Un collègue me dit que l'effet de lassitude lors de la 3ème année qu'on donne le même cours est un classique, c'est l'année où il faut en profiter pour le faire évoluer.

Impossible, dans tout ce tumulte qui me laisse avec une fatigue lourde, de trouver du temps pour avancer réellement sur ma thèse. Faute de routines quotidiennes, de stabilité. De cette fatigue que semble ressentir au rugby les piliers/avants après leurs incessants empallement et mêlées dans le bloc adverse. Le retour à Chassingrimont dans la semaine à venir ne va pas être de trop.

Mardi 29 septembre 2015

Aujourd'hui je suis allé au séminaire de recherche de Thomas Piketty, cet économiste de l'Ecole d'Economie de Paris (EEP) qui a fait un buzz mondial avec la sortie de son dernier livre sur l'évolution historique des inégalités depuis le XIXème siècle. Chaque mardi midi pendant une heure un chercheur vient présenter sa dernière recherche en cours, exposer les problèmes qu'il rencontre, les solutions qu'il propose, les résultats qu'il trouve. Vient écouter qui veut, étudiants et chercheurs, en mangeant un sandwich offert. J'allais pour voir un peu comment ça se passe avec l'idée de venir y faire une présentation l'année prochaine.

Or aujourd'hui c'était Pascaline Dupas qui présentait, une économiste française assez renommée qui officie à Princeton (US) et est spécialiste avec Esther Duflo & co des politiques publiques de "lutte contre la pauvreté", en particulier dans les pays en développement. Elle présentait une recherche sur la question de savoir comment répartir au mieux une aide publique à des agriculteurs très pauvres du Malawi, ladite aide consistant à un don d'une quantité substantielle d'engrais. Comment savoir à qui distribuer l'aide ? Faut-il confier aux chefs de village la distribution de l'aide, avec l'idée qu'ils connaisent mieux la population concernée, ou bien se fier à l'Etat central qui soit distribue la même quantité à tout le monde soit se fie aux quantités de terres possédées ? Pour répondre, on prend X villages choisis aléatoirement dans lesquels on distribue l'engrais selon la première méthode, et Y autres dans lesquels on le distribue selon la seconde ou pas d'aide du tout, et on regarde si statistiquement l'une ou l'autre méthode a plus ou moins d'effets de réduction du taux de pauvreté. Démarche positiviste inspirée des méthodes de test de médicaments, permise par l'extrême pauvreté du Malawi, et qui a pour elle la clarté de la preuve. Oui, mais en pratique sur le terrain les choses sont beaucoup moins claires : les paysans interrogés déclarent à 98% être amis avec le chef de village, 40% déclarent être de sa famille, les chefs font des redistributions après avoir perçu les sacs d'aide qu'ils effectuent manifestement selon d'autres principes que la seule recherche d'égalité, etc. Autrement dit, ce qui était frappant dans sa présentation était le contraste entre sa sophistication statistique d'un côté, et de l'autre une appréhension anthropologiquement très fruste de la logique de distribution de cette aide au sein des villages malawis et du rôle que jouent les chefs de village. Un exemple typique de la tendance à l'oeuvre dans les sciences économiques contemporaines ?

Samedi 26 septembre 2015

Ca y est, j'en vois le bout, de mon cours. Maintenant je suis arrivé au sommet, il n'y a plus qu'à se laisser descendre jusqu'au final qui aura lieu fin de semaine prochaine.

Je me remets immédiatement sur d'autres dossiers sur lesquels il me faut statuer en vue d'une semaine à plusieurs vagues.

Mercredi 23 septembre 2015

Retour du manque de temps habituel pour tenir ces carnets en temps de thèse.


Idée de titre : Des histoires et des rebonds

Vendredi 11 septembre 2015

            Aujourd'hui je vais au service d'archives de la CGT à Montreuil.

L'idée est de comprendre pourquoi et comment s'opèra en décembre 1995 une convergence syndicale entre Forces Ouvrières (FO, syndicat traditionnellement socialiste), la CGT (Confédération Générale du Travail, traditionnellement proche du Parti Communiste), et la CFDT, ce qui donna lieu au mouvement de grèves et de manifestations contre les projets de réforme de la sécurité sociale et des retraites du gouvernement Juppé de l'époque.

Cette année-là, en amont des événements, le dirigeant de la CGT Louis Viannet rendit justement une visite historique au congrès de la CFDT à Montpellier, et le 28 novembre il donna une poignée de main qui l'est tout autant avec le dirigeant de la FO Marc Blondel, deux actes qui président à un rapprochement historique des trois centrales syndicales qui firent ensuite, du moins au début du mouvement, front commun contre le gouvernement.

Eh bien, avec cette hypothèse de travail en poche et en profitant de la récente ouverture des archives de Louis Viannet et de sa période (1992-1996), je n'ai pas trouvé grand-chose : quelques articles biographiques expliquant comment ce fils d'ouvrier accéda au poste de secrétaire général, sa correspondance officielle assez convenue et répondant manifestement à quelques lettres d'insultes, et plusieurs documents au sujet de la forte baisse du nombre officiel d'adhérents à la CGT, passé de plus de 2 millions dans les années 1970 à 650 000 en 1995. Pas de traces du rapprochement avec FO et la CFDT que Viannet s'attache en interview à présenter comme naturel tout en disant que "ça aurait été impossible il y a 10 ans" (interview dans "Le Monde", 1995).

Mais, petite consolation de cette matinée peu fructueuse, j'ai revu le N. que j'avais déjà rencontré là-bas l'année dernière, qui fait sa thèse à Nanterre sur les réinsertions professionnelles des permanents syndicaux, et qui m'a donné de bons conseils à propos du FN. Et après j'en ai profité pour déjeuner en solitaire au bar du marché, en face d'une grande baie vitrée donnant sur les marchands et les échoppes de tissus.

 

Cette année, notable manque d'entrain pour mes cours de statistiques qui ne marchent pas très fort sans que j'arrive à en démêler précisément les causes.

Samedi 5 septembre 2015

Retour à Chassingrimont pour le week-end qui a des allures de retour au pays et de parenthèses dans ces semaines de rentrée.

Petite noisette en terrasse du petit café où j'ai passé l'été, le journal local "La Nouvelle République" parle des mobilisations d'agriculteurs dans le département, des fermetures d'école faute d'élèves et des mobilisations pour les empêcher, et des licenciements conflictuels dans telle ou telle boîte de Châteauroux.

Il nous est donné d'assister à tout ça, les bras ballants.

Jeudi 3 septembre 2015

Semaine avec plusieurs journées commencées à 7h30 au bureau et finies à la même heure le soir, c'est dire que je suis content d'aller ensuite me boire une petite bière en terrasse du petit bar populaire du coin et m'évader un peu.

Aujourd'hui très heureux d'avoir reçu un mail de Diana dont je n'avais plus de nouvelles depuis mon départ de Valencia en juin et qui, vu la photo qu'elle m'envoie, m'a l'air en forme. Elle se plaint un peu de son travail de bibliothécaire, me demande de mes nouvelles.

A l'occasion des derniers préparatifs, légère, très légère pointe d'angoisse de bien calibrer mon cours qui commence demain, ne pas me retrouver à court si je prends un mauvais tournant ou si un imprévu quelconque arrive.

Intéressante suggestion d'A. et J. ce midi à propos de mon intervention à venir au lycée d'Argenton-sur-Creuse pour présenter mon travail d'apprenti-chercheur doctorant, avec l'idée de simplement présenter en quoi consiste ce travail, ce qui m'y a mené et ce que j'y trouve, plutôt que de le poser nécesseraiement en termes de débouché réalisable/inateignable/rêvé/peu envié etc.

Mardi 1er septembre 2015

            Rentrée sous le sceau d'une lutte de maintenant plus d'une semaine avec Nespresso pour qu'ils réparent la machine à café du département ou nous disent comment faire : "Nespresso Bonjour que puis-je pour vous ?" ; "Nespresso vous remercie, à bientôt avec Nespresso".

            Cela fait maintenant plusieurs fois - la dernière avec Luneau l'autre soir - que j'entends l'idée que le FN résulte pour une part des conneries du PS et de l'absence d'alternative à gauche, et qu'il faut s'attaquer à cela plutôt qu'à étudier le FN comme je songe à le faire. Il est possible en effet qu'en essayant de comprendre ce dernier on en vienne à devoir s'intéresser aux autres partis politiques depuis les années 1980. D'où ma lecture actuelle de "La société des socialistes" des deux politistes Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki, qui commence à dater (2006, ed. du Croquant, Savoir/Agir, 250 pages), qui a ses partis pris, mais qui au moins est assez étayé. Ils montrent très bien à la fois que la place occupée par le PS depuis les années 1980 est historiquement bien particulière, probablement transitoire, et que le parti connaît de vraies mutations du point de vue de ses militants, de ses élites, et donc de ses objectifs et manières de faire campagne.

Après avoir lu Laclau, un autre point dans cette étude de la tension FN-PS pour gagner les votes des classes populaires serait de concevoir les apparents errements ou babillages de figures comme Ségolène Royal ou François Hollande non plus comme des signes d'incompétence, mais plutôt au contraire comme résultant de choix et de lignes politiques à part entière. Alors peut-être on cernerait mieux ce qui apparaît de prime abord comme des gesticulations apparemment débiles ou comme une inaction aterrante.

Mais on n'en est pas là, car autour de moi et malgré mes recherches je constate que personne n'a l'air partant pour prendre à bras le corps et collectivement une telle étude de sciences sociales appliquées ... 

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  • « Je m'appelle Pit, alias Corto Jardenn Bonaventure, j'ai fait beaucoup d'études et puis j'en ai eu marre, alors j'ai fait une pause avant de reprendre - histoire de m'interroger encore un peu. Entreprise ratée ou réussie, je ne sais. Je suis jeune, avec tout ce que ça suppose de parti pris, d'audace, de certitudes absolues, de désarroi, et de ratés. »